Les Echos (Bamako)
19 Février 2008
Publié sur le web le 19 Février 2008
Ogopémo Ouologuem
Avec la pauvreté des milliers de Maliens, nos compatriotes, particulièrement ceux vivant en zones rurales, se rabattent de plus en plus sur les institutions de micro finance. Un secteur fortement sollicité mais en danger parce que les conditions pouvant assurer sa pérennité ne sont pas encore réunies.
La micro finance se définit comme l'offre des services financiers destinée aux personnes n'ayant pas accès au système financier classique. De 1980 où les institutions de micro finance ont vu le jour en Afrique de l'ouest à aujourd'hui, les institutions de micro finance (mutuelles d'épargne et de crédit, institutions de crédit solidaire, etc.) n'ont cessé de gagner du terrain. En Afrique occidentale, le nombre de personnes qui se servent de ce qui communément appelé « la banque des pauvres » se chiffre aujourd'hui à environ 8 millions. Ce qui démontre tout l'intérêt des populations au secteur. Au Mali, ils sont des centaines de nos compatriotes à épargner dans les structures de micro finance et les emprunteurs sont tout aussi nombreux. « J'économise ma pension à la mutuelle d'épargne et fais des retraits quand je veux sans aucune entrave », a témoigné un septuagénaire. Ce qui le touche particulièrement, c'est que ses parents peuvent directement verser de l'argent dans son compte en un laps de temps. « Mon fils m'envoie régulièrement de l'argent de l'extérieur que je vérifie sur mon compte sans aucun problème. Ce système m'épargne beaucoup de déplacements et de procédures que je ne peux plus supporter », s'est-il félicité.
Les femmes ne sont pas en reste des services offerts par la micro finance. Elles sont légion celles qui économisent ou sollicitent même des prêts qu'elles restituent par la suite. « Notre caisse d'épargne m'a permis d'avoir un fonds de commerce avant de rembourser l'argent prêté. Aujourd'hui, je dois beaucoup à cette caisse », a dit une femme de la commune rurale de Kita. Dans la capitale de l'Arachide, la micro finance est aussi en pleine expansion avec des habitants qui font de plus en plus confiance aux structures locales d'épargne. « L'on peut aisément voir les femmes prendre la direction des centres d'épargnes informels pour sauvegarder leurs maigres ressources ou solliciter des prêts », a avoué un conseiller municipal de Kita.
Des Dangers
Dans la ville « des trois caïmans », ce sont les tontines, qui s'illustrent pour non seulement souder les liens sociaux mais surtout pour permettre aux adhérents de faire des réalisations. « Je me sacrifie en m'inscrivant à la tontine mensuelle que nous organisons entre nous à l'école. Mais, quand je l'obtiens, je construis sur ma parcelle, qui est sur le point d'être habitable », a dit un enseignant du secondaire.
Cependant, le secteur fait face à des défis énormes. Selon Boubacar Diallo, conseiller technique en micro finance à « Freedom from hunger », la marge de progression du secteur est impressionnante mais fragile. En effet, il est confronté aux problèmes de la professionnalisation du contrôle interne et externe et au perfectionnement du système d'information et de gestion. C'est à ce dernier point que se trouve le gros des problèmes dans la mesure où souvent « les responsables ne savent pas exactement qui a prêté et qui a épargné ». Une situation qui entraîne donc des pertes à la structure dans la mesure où avec un déficit de communication entre les différentes structures les « mauvais clients » naviguent entre eux pour obtenir des crédits.
A ces difficultés, il faut ajouter, « la faiblesse des ressources financières, notamment les ressources longues, les difficultés administratives et judiciaires, la problématique de la sécurisation des fonds, la fragilisation des acquis institutionnels et financiers par la désaffiliation de certaines structures de base de leurs faîtières, l'instabilité du personnel et le non-remboursement des crédits », a laissé entendre le président de l'Association des professionnels des institutions de la micro finance (Apim)
Sunday, February 24, 2008
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